Qui était Stendhal ? Comment est-il devenu franc-maçon ? Quels liens entretenait-il avec la charbonnerie ?
Henri Beyle, dit Stendhal (1783-1842), fit partie de ceux qui posèrent les bases du roman populaire au XIXe siècle. Auteur à succès, ses romans de formation Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme, Lucien Leuwen racontent la trajectoire de jeunes gens, aux aspirations romantiques, épris de rêves de gloire.
Destiné à une carrière militaire, le jeune Stendhal est envoyé en Italie, pays pour lequel il aura un véritable coup de foudre. Dès lors, il se met en congé de l’armée et revient à sa vocation première : l’écriture. Il faudra du temps avant que la plume de l’aspirant écrivain ne soit reconnue par ses pairs mais son parcours aventureux entre Paris et Milan forge son inspiration et sera à l’origine de son plus grand succès littéraire.
Le cheminement maçonnique de Stendhal reste flou car il fréquentera peu de temps les loges mais il y nouera d’utiles rencontres et des amitiés. Ce sont dans ses œuvres que l’on entrevoit certaines allusions et que la méthode maçonnique transparaît…
Voyons comment Stendhal entra en franc-maçonnerie.
Stendhal, l’Empire et la franc-maçonnerie
Stendhal naît le 23 janvier 1783 à Grenoble. C’est un enfant triste et rejeté par son père qui trouve refuge dans la littérature, passion dont il aimerait faire son métier. Cependant, il entre à l’École centrale en 1798 puis au Ministère de la guerre sous les conseils de ses cousins Daru.
Il est envoyé à Milan entre 1800 et 1801 où il fait ses premières armes lors de la bataille de Marengo. Stendhal s’ennuie et tente sa chance dans le négoce ; il fréquente alors la bourgeoisie impériale et tisse de solides relations qui l’amènent à fréquenter les loges maçonniques. Il se fait initier le 3 août 1806 dans la très prestigieuse Loge impériale Sainte Caroline qui pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et dont le Vénérable Maître est le maréchal Masséna.
C’est probablement grâce aux contacts de ses frères que Stendhal retrouve, en 1810, un emploi dans l’intendance aux armées, prenant part à plusieurs campagnes napoléoniennes jusqu’en Russie.
Refuge en Italie
En 1814, après l’abdication de Napoléon et le retour de la monarchie (Restauration), Stendhal doit quitter la France. C’est à Milan, sa ville de prédilection, qu’il choisit de s’installer. Il s’affilie dans une loge de Carbonari (la charbonnerie italienne) et certains prétendent qu’il servait d’agent de liaison entre la charbonnerie et les loges maçonniques restées fidèles à Murat.
Une époque pendant laquelle il traduit des chansons maçonniques réservées aux agapes, dont celles de Naudot, et qui sont les seules traces certaines de l’activité maçonnique de Stendhal.
En 1821, il participe à la tentative de soulèvement du Piémont organisée par les Carbonari qui, après un échec cuisant, le contraint à rentrer à Paris. Il introduit alors la Charbonnerie dans la capitale au risque de se faire persécuter par les ultra-catholiques qui manifestent une très forte répression anti maçonnique.
L’éclatement de la Charbonnerie, en 1824, met un terme à la vie aventureuse du futur écrivain, qui sans le sou ni protecteur, vend sa plume pour survivre.
Diplomate et écrivain à succès
À 41 ans, Stendhal se lance enfin dans la rédaction de ses premiers ouvrages et tente de faire publier des œuvres mineures comme De l’amour et Racine et Shakespeare. Il trouve l’appui de Prosper Mérimée qui l’introduit dans les salons littéraires et l’encourage à poursuivre dans cette voie. En 1827, son premier roman Armance est publié et lance sa carrière.
La Révolution de 1830 coïncide avec la sortie du Rouge et le Noir, qui lui apporte la notoriété. Du balcon de sa fenêtre, Stendhal observe le tumulte et assiste au triomphe de ses anciens amis de la Charbonnerie revenus au pouvoir, qui lui proposent un poste d’ambassadeur de France au Vatican. Une charge qui va très vite l’accaparer, puisqu’en 1831 se profile l’élection d’un nouveau pape.
Sous les recommandations de Stendhal, les électeurs français du Sacré Collège, dont le vote est déterminant, accordent leurs voix au cardinal Cappellari, qui est élu. L’ironie veut que le pape Grégoire XVI, qui doit sa tiare à un franc-maçon, soit celui qui sera à l’origine d’une bulle d’excommunication contre les francs-maçons…
Stendhal, quant à lui, profite de son temps pour parcourir l’Italie et écrire, vivant de ses rentes. Il rédige, en 1839, La Chartreuse de Parme, l’un de ses plus beaux ouvrages dans lequel apparaît la célèbre formule « To the happy few », un message peut-être destiné aux initiés de la franc-maçonnerie…
Car pour certains, toute l’œuvre de Stendhal est représentative de la méthode maçonnique dans la façon avec laquelle il expose en pleine lumière des points de vue opposés mais sans prendre parti.
L’écrivain décède le 23 mars 1842, à Paris.

Ce livre numérique pdf (132 pages) propose un voyage au cœur de la franc-maçonnerie française, des fondateurs jusqu’à nos jours, avec une attention particulière portée à la maçonnerie traditionnelle.
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Dernière modification le 9 juillet 2026. Adrien Choeur














