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Comprendre la production interdépendante (bouddhisme)

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La production interdépendante : définition dans le bouddhisme. Comment aborder la coproduction conditionnée ? Explications et exemple.

Dans le bouddhisme, la production interdépendance, ou coproduction conditionnée décrit le fait que tous les phénomènes (objets, êtres, sensations, perceptions, pensées, conscience…) sont conditionnés, composés et interdépendants.

Ainsi, un objet ou un être ne peuvent apparaître qu’en dépendance de multiples causes et conditions.

Autrement dit, rien n’existe en soi : c’est notre ego qui nous fait croire le contraire, et qui est la cause de notre souffrance.

Tentons d’expliquer la production interdépendante dans le bouddhisme.

Lire aussi notre article : L’interdépendance dans le bouddhisme, le taoïsme et le stoïcisme.

La production interdépendante : définition et exemple.

Penser et s’interroger sur la production interdépendante, c’est d’abord réfléchir à tout ce qui, dans le passé, a existé pour permettre à un phénomène ou à une personne d’apparaître.

L’exemple qui suit va permettre d’atténuer progressivement notre manière habituelle de percevoir comme “solides, indépendants, unitaires, autonomes” les phénomènes, les êtres qui nous entourent mais aussi notre propre personne, afin d’aller vers une perception plus fluide, de plus en plus transparente. L’objectif est d’affaiblir peu à peu l’attachement, la peur et le rejet.

Pourquoi faire cela ? Rappelons que dans le bouddhisme, c’est cette perception fausse, autrement dit l’ignorance, qui est à la source de nos souffrances et de notre mal-être.

Or l’ignorance constitue le premier des douze liens d’interdépendance.

Exemple de production interdépendante.

Prenons n’importe quel objet : un ordinateur, un vélo, ou tout autre objet d’analyse. 

Prenons par exemple un vélo, et même “mon vélo” ; jusqu’ici, ce vélo n’étant pas questionné, nous nous attendons tout naturellement à le trouver à sa place, prêt à fonctionner.

Unique, solide, réel : c’est mon vélo. Il est, il existe, il fonctionne tel qu’il m’apparaît.

Mais si nous nous interrogeons, si nous l’analysons, nous découvrons que sa réalité indépendante, sa réalité “en soi” ou “par lui-même”, son aspect solide est une apparence qui ne résiste pas à l’examen des causes et conditions de son existence.

En effet, c’est ce vélo est un objet produit en dépendance de diverses causes et conditions. C’est un phénomène composé – donc décomposable – interdépendant et impermanent.

Au premier niveau de l’étude analytique, ce vélo dépend d’un esprit qui l’a conçu, des multiples pièces, assemblées pour qu’il “existe”, des matériaux nécessaires pour que ces pièces soient usinées, des nombreuses personnes ayant travaillé à la recherche, à l’élaboration des pièces, à leur montage à leur transport, etc.

C’est ainsi que “mon vélo” a été produit par ces différentes causes et conditions. 

Certes, cela semble une évidence… mais sans la réunion, rendue possible, de ces causes et conditions, qu’en serait-il ? Ce vélo n’existerait pas. Il n’existerait tout simplement pas.

Il est également possible d’imaginer des causes et des conditions qui auraient pu ne pas se produire : l’entreprise aurait, par exemple, pu être détruite accidentellement, lors d’un feu déclenché par quelqu’un qui aurait laissé brûler une allumette au mauvais endroit et, par conséquent, il n’y aurait pas eu de vélo. Il ne serait tout simplement pas là.

Que pouvons-nous comprendre alors pour réaliser pleinement la signification de ce premier niveau de la production interdépendante ? De l’analyse résulte l’impression d’une sorte de disparition de l’objet solide tel que nous l’appréhendons habituellement.

Cette disparition est à l’opposé de notre sentiment habituel d’autonomie, de solidité, d’indépendance et d’unicité de l’objet.

Ainsi, l’objet n’existe pas tel qu’il nous apparaît. Nous pensons qu’il fonctionne tel qu’il doit fonctionner, mais il est vide d’existence permanente, intrinsèque, indépendante, autrement dit vide d’existence “en soi”.

Ce qui est interrogé ici est notre sens du réel des “objets” tels qu’il nous apparaissent.

La production interdépendante appliquée à soi-même.

Prenons comme objet d’analyse notre propre personne.

De la même manière que nous avons réfléchi aux causes et conditions à la source de l’objet vélo, nous pouvons réfléchir aux causes et conditions qui ont conduit à notre naissance, à notre “je” ou “moi” d’aujourd’hui.

L’analyse qui suit peut autant donner le vertige qu’émerveiller.

Ici, considérons les causes non comme des éléments annexes, mais en tant que parties intégrantes de nous-même et de ce que nous devenons.

Parmi les causes qui font ce que nous sommes, il y a bien sûr nos parents. Mais nous ne sommes pas la continuité de ce qu’ils sont : c’est seulement une part d’eux-mêmes qui devient notre corps.

Sans encore évoquer la loi du karma (source de renaissance), essayons d’évoquer les divers évènements qui se sont produits avant notre naissance, tels que la rencontre de nos parents, ou les nombreuses conditions advenues avant leur rencontre et qui y ont contribué… de même pour les parents de nos parents… et au-delà…  à l’infini… tous ces êtres, cette chaîne du vivant.

Si nous nous concentrons plus spécifiquement sur ce que nous sommes aujourd’hui, nous pouvons aller jusqu’à prendre en considération toute la nourriture que nous avons pu consommer, toutes les conditions, toutes les rencontres, elles-mêmes apparues de causes et conditions, qui ont agit et agissent sur ce que nous sommes aujourd’hui.

On pourrait penser que certaines de ces choses n’ont pas de lien causal direct avec ce que nous sommes aujourd’hui. Mais le fait est que tout est lié, et ces diverses causes et conditions sont non seulement en lien avec notre corps ou notre esprit, mais également avec nous-même en tant qu’individus.

En nourrissant toujours plus l’analyse en ce sens, nous ressentons cette espèce de sensation qui est à l’opposé de notre sentiment habituel, et bien naturel, de solidité de l’individu.

La raison en est une certaine prise de conscience : bien que nous nous croyons très solide, nous ne sommes en fait que la somme résultant de centaines de milliers de millions d’évènements, d’êtres, de choses passées qui auraient pu très facilement ne jamais avoir eu lieu. A partir de là, nous commençons à nous sentir transparent, nous nous rendons compte que nous aurions très facilement pu ne jamais venir au monde.

Telle est la production interdépendante du point de vue de la causalité.

D’après Steve Carlier

Remarque : le terme “objet” est utilisé aussi bien pour tout phénomène extérieur que pour les personnes. C’est ce sur quoi l’esprit pose son attention.

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