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La différence entre sacré et profane

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La différence entre sacré et profane : définitions. Comment aborder ces deux termes ? Où commence le sacré et où se termine-t-il ?

Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un forum.
J. Corneloup

Sacré et profane sont deux termes opposés et complémentaires qui s’appliquent à la spiritualité en général et à la religion en particulier.

Ces termes définissent deux réalités bien distinctes :

Autrement dit :

L’adjectif “sacré” s’applique le plus souvent à un espace, mais peut aussi concerner un objet, un être vivant, un concept ou une période de temps. En réalité, tout peut être sacré : un édifice religieux, un sanctuaire, une forêt, un chemin, un livre, une pierre, un animal, la terre d’un pays, certaines valeurs, traditions ou événements…

Par définition, ce qui est sacré ne doit pas être profané : il faudra se soumettre à des règles et à un protocole particulier pour pouvoir y accéder.

Dans les cultures du Pacifique, le mot tabou désigne ce qu’il n’est pas permis de toucher. Tabou et sacré signifient donc “intouchable”, “inviolable”, “interdit”.

De même, au Japon, les torii (shintoïsme) sont des sortes de portails qui marquent l’entrée dans l’espace sacré, sanctuarisé.

En réalité, le champ du sacré est très variable d’une société à l’autre :

Ainsi, selon les époques et les cultures, la différence entre le sacré et le profane est plus ou moins évidente…

Tentons d’approfondir la différence entre le sacré et le profane.

La différence entre sacré et profane : définitions.

La relation entre sacré et profane est l’essence du fait religieux.
Émile Durkheim

Nous l’avons vu, sacré signifie “séparé”, “à part” : c’est donc ce qui a une valeur supérieure, primordiale, qui se détache du profane.

Cette définition pose la question de l’irruption du sacré dans le quotidien de l’Homme. Or la manifestation du sacré (que Mircea Eliade appelle “hiérophanie“) se fait toujours à travers un événement fondateur : apparition de Dieu, révélation, phénomène surnaturel, prophétie, etc.

Cet événement donne du sens à l’existence, il crée un ordre nouveau. Il donne lieu à un récit, à un culte, des rites, des coutumes et des traditions qui se rattachent à son souvenir, et qui forment la “sphère du sacré”.

La sphère du sacré s’étend aux témoins (ou à leurs descendants) ainsi qu’aux objets présents au moment de la révélation primordiale. Par exemple, les reliques des saints sont hautement sacrées. De même, les lieux de culte sont sacrés, leur but étant de commémorer l’événement fondateur, de faire vivre la tradition et de transmettre le message divin.

De fait, le sacré se déploie autour d’un point central ou d’un axe transcendantal duquel jaillissent la réalité et la vérité. Le sacré rayonne autour de ce point : il est “la projection du centre céleste dans le cosmos” (Irène Mainguy).

Mais le sacré incite aussi à remonter ce rayonnement pour retrouver la source : le sacré est donc le chemin du retour. Il s’agit du retour à Dieu, à la perfection, à notre authenticité primordiale ou encore à la vie véritable, sorte de paradis perdu. Il s’agit aussi de lutter contre l’oubli du Principe, ou de corriger le péché originel.

Ainsi, le terme “sacré” ne décrit pas simplement un espace figé ou protégé, mais la volonté d’emprunter le chemin de la Connaissance : c’est le souhait de quitter le profane pour un monde nouveau, c’est l’effort mené pour accéder à un état de paix, de sérénité et de vérité.

Le sacré et le profane dans les différentes traditions spirituelles et religieuses.

Dans certaines cultures et traditions, le sacré est bien délimité : il correspond à des croyances, des lieux de culte et des rites bien spécifiques. Le fait d’adhérer aux dogmes, de fréquenter les édifices religieux et de se soumettre aux rites est suffisant pour entrer dans le domaine du sacré. C’est le cas des religions monothéistes, du moins dans leur aspect “traditionnel”.

Au contraire, dans d’autres traditions spirituelles, le sacré est moins bien délimité car lié à une disposition mentale et spirituelle. C’est notamment le cas dans les sociétés à caractère ésotérique ou initiatique (soufisme, franc-maçonnerie, martinisme, etc).

Ainsi, dans le premier cas, il suffit de se soumettre aux rites et aux traditions pour entrer dans le sacré. Dans le second cas, il faut chercher, s’ouvrir, se convertir soi-même. Nuançons toutefois ce propos en rappelant que la quête spirituelle n’est pas absente des monothéismes, et d’autre part que le rite participe largement à la sacralité initiatique.

La différence entre le sacré et le profane en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, le sacré est accessible par l’initiation, sorte de porte d’entrée vers un niveau de conscience supérieur. Cette initiation doit être doublée d’un effort spirituel permanent. Quant au profane, il désigne celui qui n’a pas été initié.

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L’espace de la loge n’a pas de caractère sacré en lui-même : il devient sacré au moment de l’ouverture des travaux, annonçant un moment de conscience particulier. L’influence du rite aide à accomplir ce saut spirituel. La loge devient alors l’image du cosmos tout entier.

Mes Frères ! Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte de la Loge. Élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière.
Rituel d’ouverture des travaux au 1er degré, Rite Ecossais Ancien et Accepté

Sacré et profane : pour une nouvelle définition.

Le sacré est souvent associé à un espace physique bien délimité. Ce serait oublier qu’il s’agit aussi et surtout d’un espace mental : en effet, entrer dans le sacré consiste à cultiver la conscience de l’omniprésence du principe supérieur en toute chose.

Ceci aboutit à l’extension du domaine du sacré, jusqu’à recouvrir l’ensemble de la manifestation, jusqu’à épouser tous les aspects de notre existence. C’est ainsi que le sacré vient embrasser le profane, par le jeu de la conscience qui s’ouvre.

Par conséquent, entrer dans le domaine du sacré peut se faire à tout moment, en tout lieu, en toute circonstance, pour peu que nous y soyons prêts. Il faudra pour cela produire un effort, car le sacré ne s’accommode jamais de passivité.

Nous tenons peut-être là la clé : le sacré s’ouvre uniquement à celui qui cherche. Le sacré est retour actif à la Source, il est volonté de s’extirper de la matière opaque et amalgamée. C’est un travail qui nécessite courage, persévérance et vigilance.

Ainsi, le sacré peut être défini comme l’irruption du sens et de la conscience. A l’inverse, le terme profane s’applique à ce qui n’est pas conscient de l’ordre qui le sous-tend.

Au final, l’expérience du sacré dépasse largement celle de l’espace sacré : sacré et profane décrivent un certain regard sur le monde.

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